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Censure et auto-censure (épisode 1) : CDC Les Hivernales

Avons nous perdu notre capacité de dire, d'énoncer ? De quoi et de qui avons nous peur ? Le climat de droitisation des esprits a t'il atteint notre pensée à tel point qu'il nous est devenu presque impossible d'assumer pleinement nos choix ?
 
Censure des opérateurs et auto-censure des artistes sont de nouveau quotidien dans le milieu chorégraphique. Le FN et Civitas ont ils déjà gagnés la bataille après leur succès à la dernière élection européenne et la manif pour tous ?
 
En effet j'ai appris cet été, une affaire pour le moins inquiétante voire révoltante : Au CDC Les Hivernales, Christian Ubl et sa création "Shake it out" n'a pas pu être programmé dans son intégralité. Cette création comporte 3 parties et seulement 2 parties ont pu être visible durant 10 jours lors de "L'été, au CDC, particulièrement danse #3". Mais pourquoi donc ? Parce ce que trop longue, non, parce ce que pas aboutie, non. Parce ce que le directeur du CDC Les Hivernales après avoir choisi et proposé de programmer cette pièce, a jugé que la 3ème partie de "Shake it out" ne pouvait pas être visible dans son théâtre, en invoquant qu'elle pourrait provoquer des manifestations pro-FN devant celui-çi. Incroyable, non ?
 
Cette partie 3 de "Shake it out" nous donne à voir les interprètes nus, dansants et sautillants sur les drapeaux des pays d'Europe ("Shake it out" questionne l'identité culturelle européenne à travers le prisme du folklore et de la danse contemporaine).
 
Voilà donc un opérateur, directeur d'un Centre de Développement Chorégraphique qui pré-suppose des représailles et n'assume pas totalement son choix de programmation et de plus qui impose au chorégraphe de ne jouer qu'une partie de sa pièce, sous le prétexte que "L’art, la culture devront célébrer un commun qui évite de mettre en travail les représentations de chaque citoyen, des groupes sociaux car cela pourrait produire de la différenciation entre individus, groupes, collectifs. Il va falloir éviter de créer des débats, de la confrontation par crainte d’engendrer du conflit, par crainte que les démunis se sentent dominés par d’autres, et de donner, ainsi, du grain à moudre au Front national. L’art et la culture sont, ainsi, assimilés à une arme de domination par nature : un raisonnement populiste" - Michel Simonot (écrivain et sociologue - extrait de sa tribune du 22 avril 2014 dans Libération "Artistes ou la peur de faire peur" - www.liberation.fr/culture/ -).
 
Me direz vous, Christian Ubl aurait il pu refuser cette censure ? Non, bien-sûr, nous connaissons tous la difficulté à donner une visibilité vitale à une oeuvre chorégraphique, et la présence sur 10 jours en Avignon est, nous le savons tous également, une opportunité rare.
 
Bref, voilà donc un exemple et même une preuve que certains opérateurs de danse contemporaine, pratiquent la censure et de fait ordonnent l'auto-censure aux artistes. Je peux même anticiper et affirmer que ces personnes sont prêtes à tout et abdiquent dès maintenant pour correspondre au climat délétère et nauséabond de ces temps çi, et ainsi se conformer à un retour prévisible de la droite dure au pouvoir (national et régional), et cela afin de sauver et conserver leur place à la direction des affaires chorégraphiques de leur structure.
 
Certains "socialistes" sont donc prêts à abdiquer devant la dictature de droite.
 
Philippe Madala
Le 1er septembre 2014
 
A lire en complément et soutien :
1- La tribune de Libération du 22 avril 2014 : Artistes ou la peur de faire peur - Michel Simonot - Écrivain et sociologue sur www.liberation.fr/culture/
2- Le texte de Dave Saint-Pierre (danseur, chorégraphe et metteur en scène québécois) du 4 septembre 2014 sur sa page facebook : "Chers producteurs, diffuseurs et autres facilitateurs tel que L'Agora de la Danse et Parcours Danse (La danse sur les routes du Québec), entre autres" www.facebook.com/dave.stpierre.77 ou en téléchargement.

A lire également : Silence... sur ladanse.eu

Réponse du Directeur du CDC Les Hivernales

Philippe Madala sur son site la danse.eu tient des propos qui nécessitent de ma part sinon d'y répondre du moins de les commenter...

On ne peut pas manipuler des mots lourds de sens et lourds de conséquences tels que "censure" pour se créer des occasions d’ivresse devant son blog…

Ainsi, toi, Philippe Madala - que je connais depuis 30 ans - qui sais trouver mon numéro – et même mon courriel – pour me demander d'acheter une pub pour faire fonctionner ton site, aujourd'hui, tu n’as pas su trouver le temps ni, me dis-tu, l’envie de m’appeler pour savoir ce qui s’était exactement passé… Non ! tu préfères colporter des rumeurs, des « on-dit » qui attentent gravement à ma personne, qui visent de facto mon équipe mais surtout qui ne reflètent pas LA VERITE… 

Tu te trompes de cible.

Tu me prêtes les propos de M Simonot…, articules ton article pour illustrer l'idée qu’il y a un danger – danger que je ne nie pas et que je vis au quotidien avec une dizaine d’élus FN à la Ville d’Avignon et où le second Vice Président de l’agglomération est FN… - mais tu te trompes de cible… Et comme il n’y a plus beaucoup de Zola de nos jours, je me dois de prendre moi-même ma défense… 
Alors, cher Philippe Madala, si tu avais pris la peine - comme l’aurait fait n’importe quelle personne soucieuse de faire éclater LA vérité - de me demander une explication sur le déroulement chronologique des choses, tu aurais appris que :

- j’ai fait savoir à Christian Ubl et à son administratrice mais surtout à mes partenaires (DRAC PACA, ARCADE) en octobre/novembre 2013 que j'étais intéressé d'aider Christian Ubl en le programmant en juillet 2014 au CDC. 

- A cette date, Shake it out n’existait pas… la pièce devant être créée en mars 2014… tu parles de « choix »… on ne choisit que ce que l’on a vu et c’est ce que j’ai fait… c’est donc une « intention » que j’ai donnée plutôt qu’un choix ferme, définitif, sans retour en arrière…

- Entre novembre 13 et mars 14 – Christian Ubl m’a demandé s'il pouvait engager des démarches pour assurer des représentations dans un contexte plus confortable (en déposant un dossier à l’ADAMI, à la SPEDIDAM…) d’ailleurs tu étais là puisque cela s’est fait lors des PSO au KLAP, bref. Au vu des précédents spectacles et singulièrement du solo Wolfi qui servait de base au travail autour de Shake it out, je n’avais aucune raison de les en empêcher… 

- Je suis donc allé voir avec l'une de mes collaboratrices le spectacle Shake It out au CCN d’Aix à sa création mi Mars… et plusieurs arguments m’ont poussé à envisager une autre voie plutôt que de programmer ce spectacle. J'ai exprimé mes réserves : la pièce ne me semblait pas « aboutie » et, dans tous les cas, Christian Ubl n’avait pas le temps de la retravailler avant Avignon. Ma responsabilité est de ne pas envoyer au casse pipe un artiste à Avignon l’été… car l'objectif de l'opération au CDC est de permettre aux compagnies de présenter leur travail aux programmateurs pour créer le plus d'ouvertures possibles en terme d'achats de spectacles, de retombées médiatiques... 

C'est dans cet esprit que j'ai proposé à Christian Ubl de présenter son travail au CDC. Il en a accepté toutes les conditions… Je lui ai proposé non pas de présenter deux des trois volets de Shake it out – vérifie tes sources ! - mais un seul, le premier qui est parfaitement composé, et d’y joindre la matrice de cette pièce à savoir son solo Wolfi … et ce programme a, non seulement remporté un très vif succès auprès du public et des professionnels, mais a permis de faire découvrir Christian Ubl et plusieurs aspects de son univers…

Ton fameux plaidoyer du type qui a peur ne tient donc pas ! 

Par ailleurs en mars, à la veille des élections municipales, je prédisais un score sans précédent de l’extrême droite à Avignon. L’Histoire m’a donné raison, malheureusement. Tu noteras que j’ai été le premier – voir l’article de Brigitte Salino dans Le Monde – à affirmer que si le FN gagnait la Ville d’Avignon, je resterai dans cette ville.

Alors, censure ? Non, bien sûr... non

Il n’y a pas eu « censure » puisque l’artiste avant juillet 2014 a présenté sa pièce en plusieurs tableaux. A l’Usine Ephémère à Paris, seul le troisième volet "des drapeaux" dont tu parles a été présenté … Christian Ubl lui même reconnait qu'il est possible de prendre toute ou partie de cette œuvre sans l’endommager… 

Censure non, puisque dans le premier tableau de shake it out il y a force drapeaux et il se termine par des artistes nus sur scène... c'est à se demander si tu as vu la pièce !

A ce stade, il faut réaffirmer que le Directeur d’un équipement culturel doit et peut faire des choix… c’est ce que j’ai fait… 

Ce qui a compliqué la situation, c’est que pour ne pas mettre en péril le projet de la Compagnie, j’ai donné trop tôt accord qui aurait dû être entendu comme étant de principe ce qui a eu pour conséquence un impossible retour en arrière...

Il y a deux attitudes possibles dans la vie : suspecter ou faire confiance. 

Il me semble que dans les moments assez compliqués que nous vivons où tout est sans arrêt remis en cause, il faille s’attaquer ensemble aux vrais ennemis et non pas tirer sur ses amis, sinon ses alliés… 

A quoi sert donc cette délation, lancée sur la place publique sans que le principal intéressé n’en soit au minimum informé ? Sans que les lecteurs ne puissent en vérifier les fondements ?

Quelles sont ces méthodes ? 

Quel est ce droit de dire, sans vérifier, n’importe quoi sur n’importe qui ?

A tremper ainsi ta plume dans le fiel, tu auras mis en cause un directeur et son équipe qui depuis des années travaillent sans relâche à défendre les artistes... 

Sans doute auras-tu perdu un peu de crédibilité aux yeux de tes lecteurs... car j'ai bon espoir que les gens ne soient pas dupes... 

Quel gâchis !

Emmanuel Serafini

Pour information, j'ai publié comme il se doit ta réponse sur ladanse.eu et ladanse.com et j'ai bien pris connaissance de "TA VERSION". Il reste malgré tout une contradiction (interprétation différente) non élucidée sur le fait de n'avoir pas décidé de montrer la partie 3 de la pièce "Skake it out" : la tienne sur le non aboutissement de cette partie, la mienne sur ta parole " invoquant qu’elle pourrait provoquer des manifestations pro-FN devant le théâtre". Et c'est sur ce point précis que pointe mon texte, et navré de crédité  la version qui m'a été rapporté par les artistes. Quant à "Il me semble que dans les moments assez compliqués que nous vivons où tout est sans arrêt remis en cause, il faille s’attaquer ensemble aux vrais ennemis et non pas tirer sur ses amis, sinon ses alliés…", je n'ai pas abordé dans mon texte ta prise de position estivale plutôt timide sur la grêve des intermittents du 12 juillet dernier qui m'a également été relaté par les artistes. Donc ni ami, ni allié, juste collègue qui ne s'est jamais vraiment pré-occupé, ni même interrogé de savoir comment mes éditions indépendantes en ligne ladanse.com et ladanse.eu n'existaient qu'avec la vente d'espaces publicitaires, que j'ai en effet sollicité une fois depuis ton installation à Avignon pour 50 euros, mais que tu n'as pas eu d'ailleurs l'idée de renouveler, tout en utilisant (et c'est fait pour cela) le site ladanse.com pour annoncer tes évènements. La coopération plutôt que l'alliance devrait vraisemblablement plus te nourrir "dans les moments assez compliqués que nous vivons". Philippe Madala

Retour sur quelques phrases (réponses) d'Emmanuel Serafini à propos de mon texte "Censure et auto-censure..." :

ES : pour se créer des occasions d’ivresse devant son blog…PM :  Il ne s'agit en rien d'ivresse ni de jouissance mais de partage et circulation d'informations reçues par des ami(e)s (chorégraphes, danseurs et opérateurs) que je m'autorise à rendre publique comme je le fais depuis L'ART-trose, l'autre journal de danse de 1995 à 1997. Partant du constat que certains agissements troubles, pour ne pas dire intolérables, au sein du milieu chorégraphique sont monnaies courantes et trébuchantes, qu'ils sont tout à fait connus et reconnus mais restent en catimini dans nos barbes et perpétuent des fonctionnements et méthodes pour le moins dégueulasses, immondes, injustes... et qui surtout ne nous permettent pas de faire avancer et améliorer la place, les espaces et les circulations de l'art chorégraphique dans notre pays. Surtout ne rien changer...
 
ES : Ainsi, toi, Philippe Madala - que je connais depuis 30 ans - qui sais trouver mon numéro – et même mon courriel – pour me demander d'acheter une pub pour faire fonctionner ton site, aujourd'hui, tu n’as pas su trouver le temps ni, me dis-tu, l’envie de m’appeler pour savoir ce qui s’était exactement passé… Non ! tu préfères colporter des rumeurs, des « on-dit » qui attentent gravement à ma personne, qui visent de facto mon équipe mais surtout qui ne reflètent pas LA VERITE… PM : Je préfère ne pas revenir sur ma demande d'achat de pub sur ladanse.com, 50 euros 1 fois en 5 ans, excuse moi d'avoir sollicité ton soutien au site ladanse.com. Rumeurs et "on-dit", donc les artistes concernés sont donc des colporteurs de rumeurs, "on-dit", mensonges...
 
ES : Il y a deux attitudes possibles dans la vie : suspecter ou faire confiance. PM : Pour ma part je préfère l'attitude "être digne de confiance", il y a des nuances à opérer entre tes 2 attitudes possibles "suspecter ou avoir confiance"...
 
ES : Il me semble que dans les moments assez compliqués que nous vivons où tout est sans arrêt remis en cause, il faille s’attaquer ensemble aux vrais ennemis et non pas tirer sur ses amis, sinon ses alliés… PM : Mais qui et où sont les "ennemis", les empêcheurs de changements nécessaires, les faiseurs et découvreurs d'artistes, les fuyants et invisibles aux débats contradictoires, à une construction plus coopérative de la culture...
 
ES : A tremper ainsi ta plume dans le fiel, tu auras mis en cause un directeur et son équipe qui depuis des années travaillent sans relâche à défendre les artistes... PM : Je trempe ma plume dans ce qui me semble être des postures et agissements peu dignes et louables.
 
ES : Sans doute auras-tu perdu un peu de crédibilité aux yeux de tes lecteurs... car j'ai bon espoir que les gens ne soient pas dupes... PM : Libre à chacun de se forger sa vérité et libre, sommes nous encore, d'exprimer son propre avis...
 
ES : Quel gâchis ! PM : Oui que de temps perdu à se voiler la face et de voir te réfugier dans l'attitude de l'opressé mis en cause... Pathétique.
 

ES : Avec ce qui se passe et se dit, je me faisais la réflexion que j'ai passé plus de temps à accompagner des artistes (1987 - 2003) soit 16 ans que d'être Directeur (cinq ans tout juste) et ce qui me plait c'est que j'apprends à diriger en essayant de me servir de ce que j'ai traversé lorsque j'étais "de l'autre côté" c'est à dire avec la responsabilité de la promotion des compagnies des artistes... Et contrairement à ce qui est dit - ayant été aussi plusieurs années dans un syndicat et l'ayant dirigé, le SYNDEAC - je suis non seulement pour le débat, la discussion mais dans l'intérêt de faire avancer au moins la vérité... Je suis toujours choqué, moi qui essaye de ne pas changer mon fusil d'épaule, de voir que ceux qui m'ont soutenu pendant que j'étais dans des compagnies, parce que je suis devenu Directeur, nous la joue "lutte des classes" et que forcément, maintenant que je suis "diffuseur" je suis un salop et je renie mes idées voire mes idéaux... C'est incompréhensible... Cela m'étonne toujours...PM : Je ne détaillerais pas ici mon parcours d'artiste chorégraphique interprète et de triblion éditeur et coopérateur de l'ART-trose, ladanse.com, AC PACA et TAC [danses]. Mais quant à ta citation de mon jeu sur "la lutte des classes", je joins un texte, contribution d'une amie très à propos : Contribution aux journées de réflexion fin août 2014 à Breil sur Roya d’Anne-Marie Chovelon



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