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Capriccio espagnol par Nicolas Villodre

« On a trahi ce qu’on s’était juré », barytonnait Johnny sur « Chantefrance », la radio officielle de la navette nous menant de Charles de Gaulle à Jean Vilar, des Champs à la Cité-jardin de Suresnes. Chemin de retour faisant, on se disait que le programme annoncé avait bel et bien été respecté : Ad libitum, titre et expression musicale appliqués au spectacle Kammerspiel d’Andrés Marín, découvert en fin d’été indien dans la bonne ville de Jean-Christophe Averty, indique clairement l’arbitraire de la danse flamenca de ce bailaor sévillan.

Rien ne servirait de comparer, voire d’opposer ce « bon plaisir » à un autre, celui, en l’occurrence du réformateur du baile, Israel Galván, autre Sévillan ayant rompu avec l’expression de la danse masculine héritée d’Escudero, Gades et Maya. Si certains tics ou tocs peuvent, de prime abord, paraître assez proches ; en réalité, tout ou presque les sépare, que ce soit sur le plan physique ou rythmique, sur celui de leur formation et de leurs sources d’inspiration ; voire sur le sens qu’ils donnent aussi au mot fusion. Alors que Galván donne l’impression de se métamorphoser intérieurement, de chercher à devenir autre, Marin, au contraire, reste lui-même ; il affirme crânement sa singularité – le mot ego étant de nos jours galvaudé. Marin assume ses excès, son attirance pour le kitsch, y compris ses tendances histrionesques. Les bornes étant franchies, il n’y a plus de limites, dit l’adage.

Autodidacte, le danseur connaît la chanson et la pousse à l’occasion, comme c’est le cas ce soir, peu mais bien, sous la forme d’une soleá, en début de spectacle, le visage protégé des rayons lunaires par un sombrero cordouan immaculé. Il alterne pas de danse et couplets andalous sans que sa performance relève pour autant de la conférence dansée. Il accumule, au sens où l’entend une Trisha Brown, texte et geste ; il se présente à nous torse nu ; et dévoile d’emblée l’essentiel de son art. Marin est soutenu par son guitariste, Salvador Gutierrez, immobilisé côté cour tout au long du set puis par un cantaor professionnel, spécialisé, en somme, l’excellent Segundo Falcon, qui ne mettra pas longtemps à chauffer son organe. Son pantalon, un restant d’académique anthracite tenant sans ceinture, par un simple élastique, paraît soudé aux souliers. Ces bottines sont ferrées, comme il se doit. On ne tarde pas à les entendre, amplifiées par la sono, entre claquements de doigts et graves accords de guitare. Les bras en croix, le danseur se fond dans la pénombre affaitée par Franck Thévenon tandis qu’approche le cantaor venu délivrer son martinete, a capella ou presque, la voix mixée au souffle du vent. Le bailaor exécute des mouvements de pieds raclant le sol. Sa gestuelle rappelle celle des patineurs, auxquels Marin emprunte la glissade en marche arrière. Il disparaît au fond de la scène, s’assoit sur un des deux tabourets au milieu desquels on a posé une cruche en terre cuite afin qu’il puisse se désaltérer, comme à la maison.

Andrés Marín passe en revue les palos de son affection : tonás de Huelva, farruca, vidalita, bulería, seguirya, taranta, caña, fandangos. Autant de tableaux, au sens propre du terme, car tout dans le spectacle est esquissé, voire précisément dessiné d’avance – les attitudes du soliste rappellent par moments quelque chef d’œuvre du Greco ou de José de Ribera : on pense, par exemple, au Martyre de Saint Barthélémy, 1639 avec cet apôtre barbichu écorché vif, décharné, les côtes visibles. La gestuelle du chorégraphe est au point. Son braceo est on ne peut plus ample, visible du plus loin. Il invente son vocabulaire en le donnant à voir, comme s’il improvisait ses mouvements au fur et à mesure, s’adaptant aux circonstances en ne dépendant que de ses lubies. Il s’écarte ainsi des codes et des modes – quoique, dans ce domaine, certaines poses semblent inspirées par le voguing – et se moque ouvertement de lui-même, concluant chaque routine de manière recherchée, autant que possible la plus surprenante. Le danseur n’est pas seulement chanteur : il est aussi comédien. Au milieu de son show, Marin nous gratifie d’un morceau de bravoure, un solo virtuose dans un style inédit qui lui permet de cristalliser des voltes anti-horaires, des postures hiératiques, un cliquetis de taconeo d’une vivacité étourdissante, comparable à la tap-dance d’un Bunny Briggs, que le public amateur applaudit à tout rompre, à juste titre.

Au finale, son latin d’église, celui-là même annoncé par le titre de la pièce, le rattrape. Sans doute meurtri par un art qui l’enserre ou l’enferre dans ses petits souliers, il ose les ôter cérémonieusement, comme un laborieux ayant accompli sa tâche ou un oriental se rendant à son lieu de culte. Dans un nuage d’encens, au son des grandes orgues et des chœurs emphatiques diffusés en playback, auto-satisfait, il s’auréole alors lui-même du chapeau andalou, bouclant ainsi la boucle.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr

Photos 2 & 3 © Joss Rodriguez

www.andresmarin.es/fr/



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