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Hôtel Arizona par Nicolas Villodre

Le festival de danse Instances de Chalon-sur-Saône a présenté une première version, dite « étape de création » d’une pièce de la compagnie havraise La Bazooka, intitulée Stravinsky Motel qui, en l’état actuel, mixe la partition de Petrouchka en son entièreté, jouée live par les quatre mains de Domitille Bès et Marie-Anne Faupin, à des thèmes de Bernard Herrmann tirés du film Psycho (1960), des tunes « gothabilly » ou post-punk des Cramps (« Off the bone ») ou de Moonstruck (« Putrid ») et des images ou des tableaux dansés parodiant deux-trois scènes d’un des plus fameux films en noir et blanc du maître anglais du suspense.

Avant d’être le nom (féminisé) d’une troupe de danse animée par le tandem Etienne Cuppens-Sarah Crépin, le mot Bazooka a désigné un lance-roquettes portable utilisé par les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale, une marque de chewing-gum à la fraise au goût meilleur que celui du Malabar et permettant de réaliser aisément des bulles, un collectif d’artistes punks français formé de Kiki et Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen et Jean Rouzaud, qui avaient prôné la « dictature graphique » et enrichi plastiquement la maquette de Libération au tournant des années 70-80, ainsi qu’un groupe de rap hardcore savoyard.

Stravinsky Motel est riche, trop luxueux pour un modeste hôtel situé dans un bled perdu de l’Arizona, trop saturé de signes, à notre humble avis, trop plein de signifiés et de signifiants partant en tous sens. Comme une démo, un catalogue, une synthèse de nombre de pièces à venir, réunies en une seule. Prise isolément, chaque partie de ce foisonnant tout est intéressante, musicalement, vidéographiquement, chorégraphiquement parlant. On peut admettre toutefois que les références obligées au gothique, au frisson, au fantastique du film américain s’expliquent par la jeunesse d’une troupe et estimer qu’elles passeront en même temps que s’imposera leur propre univers, synonyme aussi de signature ou de style personnel. Rien ne sert de courir plusieurs lièvres à la fois...

Ceci étant dit, malgré tout, malgré le goût fort répandu de la citation, la révérence énervante pour la référence, cette manie post-ado du deuxième degré, le clin d’œil ironique appuyé, nous avons été agréablement surpris par le niveau technique de chacune des composantes du spectacle. Que ce soit du jeu pianistique des deux interprètes sachant leur Stravinsky par cœur et nous le restituant sous une forme dialoguée, avec assez de fougue, de netteté et de joyeuseté, de l’usage spéculaire de la vidéo, reflétée sur un écran circulaire, en noir et blanc – comme le parti pris « cheap » de l’esthétique « néo-expressionniste » d’Hitchcock –, des interventions dansées de Sarah Crépin.

La chorégraphie est réussie, même si, pour les besoins de la narration, elle est découpée en tranches, en brèves séquences relativement autonomes les unes par rapport aux autres. La qualité gestuelle de l’interprète ne fait pas de doute. La danse est élégante et fluide, enfiévrée et lyrique.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr

Photo 1 © La Bazooka / Photo 2 © Nicolas Villodre

www.labazooka.com



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