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Fluctuat nec mergitur par Nicolas Villodre

Ça démarre fort, Fluxus Game, en gala inaugural de Suresnes cités danse 2015. Au quart de tour. Sur une « pièce de musique symphonique pure » du jeune Stravinski, son Scherzo fantastique, opus 3, qui fut créé en 1909 et récupéré par le ballet, sans l’accord d’Igor, à la fin de la Grande Guerre par Léo Staats sous le titre... Les Abeillles. Trois danseurs, y inclus le chorégraphe, Farid Berki, costumés par Julie Z exhibant des tenues simples et strictes (veste noire ornée d’un liseré rouge, pantalon assorti, chaussons de kung fu griffés) en partie inspirées des uniformes des ex-« savoyards » ou commissionnaires de l’Hôtel Drouot tournent autour du pot, en l’occurrence un tabouret minimal posé au milieu de l’arrière-scène.

Ce pas de trois mixe subtilement pantomime, danse « urbaine » (ou « péri-urbaine » !) et « contemporain », au sens large de ce concept somme toute un peu flou. Son aspect pittoresque, au comique situationnel et son parti pris anecdotique ne le desservent pas, au contraire. Nous avons quitté Kandinsky (cf. le Vaduz 2036 du même choréauteur) pour Stravinski et laissé tomber l’abstraction pour la figuration, sans aucun problème d’ordre éthique ou esthétique. La cohérence de ce scherzo « pur » mis en danse est telle qu’on eût très bien pu le placer en fin de programme plutôt qu’en son amorce.

Il faut dire que les deux soi-disant autres parties n’en font qu’une. C.à.d. un alignement de tubes bon chic bon genre, ne dérangeant plus personne depuis quatre lustres au moins, une playlist consensuelle, plébiscitable aussi bien par le Festival d’automne que par Arte ou Télérama. Des airs emmiellés du grand créateur de musiques de film Lalo Schiffrin et de son collègue de bureau Dany Elfman, une samba alentie signée par la guitariste carioca Rosinha de Valença, les fameux applaus stylisés/appropriés par Steve Reich, etc. Avec, heureusement aussi, des tunes un peu plus remuants, comme ceux de Twine & Dion Timme, d’Apparat et de Trentemøller...

On se doit de signaler ce qui nous a moins convaincu au cours de la soirée, ne serait-ce que pour rester crédible ! Un manque de virtuosité dans l’ensemble (sauf exception, et on en a, fort heureusement). Des approximations dans les parties résultant d’improvisations ou de free style. Des costumes banaux en deuxième et troisième parties. Des accessoires insuffisamment exploités (on ne tire pas grand effet des guisarmes, pour ne prendre qu’un exemple, quand on sait ce à quoi était parvenu un Schlemmer avec sa danse de bâtons). Une vidéo très seventies (cf. les passages post-Op’ aux couleurs virées, pastellisées, rappelant les génériques des JT de Mourousi), moins ciselée aux petits oignons que celle de la pièce précédente ou que celle du blockbuster de Merzouki, Pixel...

Pour en revenir à la danse elle-même, nous avons apprécié le numéro de Cécile Delobeau, accompagnée et soutenue par des hallebardiers de service, sur un blues composé par Carl Sigman et écrit par Bob Russell en 1949, « Crazy He Calls Me », interprété, donc bonifié, par Billie Holiday. Des années 10, nous sommes passés aux Années folles, la danseuse étant parée d’une robe moulante la valorisant, si besoin était !, gantée, couronnée comme une danseuse de Charleston. Ce solo langoureux et sexy était bienvenu. Chaque intervention du chorégraphe, passé danseur, ainsi que de l’interprète le plus... fluide de la troupe Melting Spot, Moustapha Bellal, faisait plaisir à voir. En chimie, fluxer signifie alléger une matière. Ce deux-là, en matière de danse, savent y faire. Ça fluxe donc par intermittence, ça fluxe et ça pulse.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr

Photo 1 © Dan Aucante / Photo 2 © Nicolas Villodre

Cie Melting Spot www.ciemeltingspot.fr



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