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Photographe de spectacle vivant depuis le début des années 2000, je me suis spécialisée dans la photographie de danse depuis 2007.

Chorégraphe et danseuse de la compagnie Leavingrøøm. Professeur de danse contemporaine au Conservatoire de Musique et de Danse de Lorient (56).

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Harpie Marx par Nicolas Villodre

Chaillot a eu la bonne idée d’inviter une figure de la danse montréalaise des années 80, Danièle Desnoyers, avec une troupe paritaire composée de dix garçons et filles, augmentée d’une maestra de la harpe, Éveline Grégoire-Rousseau, qui nous ont donné en primeur une chorégraphie intitulée en québécois Paradoxe Mélodie.

Le ballet nous a paru postmoderne, au sens le plus large du terme, pas en son sens « Grand Union-Judson Church », quoique... Les vêtures des jeunes gens et filles (assumées par Denis Lavoie) étaient ainsi sciemment banales : costumes unisexes, gris, en une sorte de Tergal luisant, chemises en coton un peu froissées, débardeurs et maillots de corps aux teintes plus vives, chemisettes à sueur extra-larges et à col rond ou en « V », pieds bandés pour la plupart dans des chaussettes, comme à la maison, pantalons droits, resserrés ou bouffants... La danse n’était quasiment pas « représentative », pas du tout narrative, ce qui pour nous est toujours positif. Un poil psychologisante, peut-être. Le risque majeur de tout art non figuratif étant de tomber dans le particulier ou, au contraire, dans l’ornement.

Pour nous, ces écueils ont été évités, sans que tout pour autant ait été résolu. La pièce juxtapose avec une nonchalance relativiste des tableaux élégamment brossés, au plus juste éclairés grâce au soin apporté par Marc Parent, un des plus proches collaborateurs de la chorégraphe. Le tout est agréablement accompagné par des nappes électro dues à Nicolas Bernier et, en direct, côté cour, la harpiste hors du commun – pour ne pas dire hors piste –, amatrice de Nem (le Nouvel ensemble moderne), au sein duquel il lui arrive de se produire ainsi que de l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, la formation Punctum et le subtil groupe de variétés Plumes. Le rideau du fond de scène fait de plis verticaux rappelait, en les grossissant, les cordes de la harpe ou de lyre d’Orphée. La harpiste jouait sur un instrument de concert à six octaves, un rejeton miniature qu’on n’ose appeler harpon venant au renfort pour le coda. L’emploi amplifié ou techno du triangle sumérien nous fait songer à celui du précurseur en la matière, Bernard Szajner, qui, à lui seul avec sa harpe laser meublait phoniquement des espaces considérables il y a plus de trente ans.

Les codes de la génération de la « Nouvelle danse » québécoise étaient respectés et avec eux ses état d’esprit et d’urgence. L’énergie ne manquait pas, dispensée par tout un chacun qui mérite pleinement d’être alphabétiquement nommé : Tal Adler, Karina Champoux, Molly Johnson, Jason Martin, Brice Noeser, Pierre-Marc Ouellette, Nicolas Patry, Clémentine Schindler, Anne Thériault, Élise Vanderborght. Le savoir-faire de Danièle Desnoyers n’est plus à démontrer, elle qui maîtrise parfaitement les déplacements irréguliers en manège, en farandole, en diagonale, les croisements, allers et venues, les pas de deux, les portés, les glissés, sans parler du travail au sol. Rien de chaotique, pourtant : il nous a semblé que c’est le lyrisme qui l’emportait, avec ses envolées, dans tous les sens du mot, ses échappées toujours sous contrôle, son relâchement, pour ne pas dire comme Val Serner, Lockerung...

Deux points mériteraient, selon nous, d’être sinon résolus, du moins posés : celui de l’enjeu réel de la pièce, qui n’est pas nettement perceptible, malgré les notes d’intention et les annonces vantant/vendant le spectacle ; celui de la rythmique ou, si l’on préfère, de l’agencement de ses différentes séquences. Il nous semble que, comme c’est le cas fréquemment, le meilleur n’a pas été gardé pour la fin ! Ceci étant dit, cette pièce qui nous replonge dans la danse la plus intégrale, à base de références à l’art de Terpsichore (on notera par exemple les allusions faunesques gestuelles et les arpèges impressionnistes debussyens égrenés par la pince-sans-rire Grégoire-Rousseau) fait plaisir à entendre et à voir.

Et, sans doute, à revoir.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr

Photo © Luc Sénécal

Danièle Desnoyers / Le Carré des Lombes www.lecarredeslombes.com



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