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Madeleine Lytton (1921-2015) par Nicolas Villodre

Notre amie Madeleine vient de s’éteindre, du côté du Tarn, à l’âge canonique de 94 ans. Nous l’avions connue dans sa maison de Sèvres qui avait appartenu à un artiste peintre d’avant-guerre, qu’agrémentait un magnifique jardin dans lequel, supputait-elle, Isadora Duncan, venue en voisine de Meudon, avait très bien pu danser...

Née de père anglais et de mère française – un couple artistique, lui, peintre, elle, comédienne –, Madeleine apprend la danse à partir de 1927 auprès d’une des plus photogéniques Isadoriennes qui aient été, immortalisée par la photographie et le cinéma : Lisa Duncan. Des clichés datant des années trente montrent la jeune Mad parmi les autres interprètes de la compagnie féminine dans des spectacles de danses d’Isadora et de Lisa.

En 1941, Madeleine Lytton suit ses parents, très proches de Winston Churchill, à Londres où la jeune femme découvre et pratique avec enthousiasme la danse de caractère. Elle suit l’enseignement d’Elsa Brunelleschi, une disciple de Cecchetti. Elle commence à se produire sur scène puis, à la guerre comme à la guerre, son cœur étant gaulliste, danse également pour soutenir le moral des soldats. Elle se porte alors volontaire pour faire partie du Théâtre aux armées. À ce titre, elle prend une part active à la Libération de la France, et des risques certains, dans le sillage des troupes du Maréchal Leclerc.

De retour au bercail, elle s’engage cette fois dans l’action culturelle auprès de Jean Dorcy et de son association d’Education Populaire Danse et Culture. À partir des années 1950, elle se produit dans quantité de festivals, que ce soit en France ou à l’étranger, notamment, sur les traces d’Isadora, au Festival de Delphes, aux théâtres antiques de Patras, Rhodes et Athènes, avant de créer sa propre école.

Elle reconstitue des danses du Moyen Âge et de la Renaissance qu’elle donne au Palais synodal de Sens, à la Cathédrale Saint Michel de Bruxelles ou à celle de Chartres et participe, comme danseuse, chorégraphe et conseillère artistique à nombre de spectacles théâtraux, musicaux. À l’aise avec la parole, elle prodigue des conférences au Sadler’s Wells, dans les universités américaines d’Oakland, de Harvard et de Californie, à l’American Dance Festival, à la Fondation Gulbenkian.

Elle figure dans des films de fiction comme Le Carrousel napolitain (1954) tourné par Ettore Giannini à Cinecittà, aux côtés de Massine et Chauviré ou Blanche (1971), une curiosité médiévale de Walerian Borowczyk où elle danse avec... Michel Simon, à des émissions de radio et de télévision ainsi qu’à l’excellent documentaire réalisé par les étudiants de cinéma Dayna Goldfine et Dan Geller, Isadora Duncan, Movement from the Soul (1989), couple qui, par la suite, produira le fameux film Ballets Russes (2005).

En 1990, Madeleine Lytton rend de nouveau hommage à Isadora dans un spectacle au Café de la Danse à Paris puis prend la décision de cesser de danser sur scène. En 2007, Jane Bertoux, élève à l’Ecole du Louvre, écrit un mémoire de recherche sur la carrière et les techniques apprises puis enseignées, tout au long de sa vie, par Madeleine Lytton.

Auprès de sa fille, Éléonore, elle aussi artiste, comédienne et chanteuse, Madeleine s’est donc éteinte à Castres, ce doublement triste 13 novembre 2015.

Nicolas Villodre - villodre@noos.fr



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