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Portrait : Jule Flierl par Nicolas Villodre

Nous avons découvert la jeune chorégraphe Jule Flierl à Berlin, fin août dernier, à l’occasion de la Tanznacht, une manifestation éclectique, mêlant danse, théâtre et “performance” (avatar du cabaret, du Kammerspiel et du Tanztheater), fondée en 2000 par Claudia Feest dans le cadre de la Tanzfabrik, dont la programmation a été confiée cette année à Silke Bake.

La pièce a pour titre Operation Orpheus, et la forme d’un solo mettant en valeur les qualités expressives de la danseuse-chanteuse-comédienne. Elle a été présentée dans l’un des anciens ateliers de réparation des tramways municipaux, de nos jours voués à l’art en général et à la danse en particulier. Malgré quelques broutilles comme l’emploi de l’anglais en lieu et place de l’italien de l’Orfeo, favola in musica monteverdien qui contestait précisément l’impérialisme linguisteique (celui à l’époque du latin), ou bien de l’allemand, v.o. de l’action théâtrale de l’Orfeo ed Euridice de Gluck; le port d’un costume fonctionnel au style un peu flou; la fascination pour le vocabulaire néoclassique par ailleurs brechtiennement mis à distance, la variation de Miss Jule sur l’aria “Che faro senza Euridice?” (J'ai perdu mon Eurydice) est d’une grande cohérence.

La gestuelle opératique y est déconstruite, en même temps que reconstruite, une bonne demi-heure durant. Le détournement des codes théâtraux fait l’objet d’un long et brillant solo au cours duquel la danseuse pivote lentement autour de son axe dans le sens anti-horaire. L’opération évoquée par le titre n’a rien de martial, étant plutôt de grâce. La chorégraphe en retient le sens anatomique : la connotation chirurgicale qui est aussi celle l’alchimie surréaliste de l’objet et qui résulte de la rencontre fortuite des choses sur une table de... dissection. Un silence de cathédrale succède au monologue resserrant le drame. Au finale, le chant enrichit la danse, émis par une interprète ayant plusieurs cordes à son arc. La structure de la pièce est inattaquable, circulaire, comme tout rituel, émaillée de surprises et d’effets par de simples moyens obtenus. Jule Flierl tire profit du contrejour, de la hauteur de plafond de l’Uferstudio n° 15 mis à disposition, du roide escadrin conduisant au grenier, des marches menant Orphée aux abysses.

Nous attendons avec impatience que soit montrée cette pièce en France. Et, bien entendu, la prochaine création de Miss Jule.

Nicolas Villodre villodre@noos.fr

vimeo.com/user7320815



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