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Jusqu’à ce que mort s’ensuive par Nicolas Villodre

Normal qu’un théâtre national comme Chaillot, en sus, voué à la danse, rende hommage aux Grands Ballets Canadiens de Montréal, fondés en 1957 par Ludmilla Chiriaeff, artistiquement placés sous la houlette de Gradimir Pankov depuis 1999, et propose à la compagnie de donner, salle Vilar, sa version de La Jeune Fille et la Mort signée Stephan Thoss. Une manière fraternelle ou francophone de célébrer le 60e anniversaire des Grands Ballets, le 375e de Montréal, le 150e de la Confédération canadienne. Et le 200e du lied de Franz Schubert, Der Tod und das Mädchen, que celui-ci développa par la suite en quatuor.

Il est de fait que le public a longuement acclamé la troupe et la pièce montée, si l’on peut dire, créée en 2015 par la compagnie, donnée en primeur en France, et supporté sans broncher l’assez long introït ou collage sonore mixant des élément hétéroclites, certes pas trop dérangeants (du Philip Glass, du Nick Cave, Warren Ellis, de l’Alexandre Desplat, du Clint Mansell, du Finnbogi Petursson, du Rachel Portman, du Trent Reznor, de l’Atticus Ross, du Christopher Young), avant d’être cadeauté de quelques mesures, baroques et romantiques, de Franz Schubert dans leur orchestration ample, pour ne pas dire pompeuse, destinée, précisément, aux grandes salles, écrite en 1894 par Gustav Mahler.

Le pot pourri sonore, qu’en Allemagne on qualifierait de Leipziger Allerlei, prouve l’éclectisme de Thoss en matière musicale. Il trouve son équivalent visuel dans le mélange gestuel qui, certes, séduit le grand public et rassure pour partie la critique mais qui a quelque chose de désuet, esthétiquement parlant. D’intemporel au lieu d’éternel, de néoclassique à la place d’absolu, de kitsch faute de surréaliste. Rien à dire, bien sûr, des qualités des interprètes, que ce soit sur le plan de la technique pure ou de celui de l’expression. Une douzaine d’entre eux forme le chœur antique, écho de l’opinion commune. Immobile reflet du regard public, Les danseurs se fondent dans un décor lui-même fluctuant. Ils n’ont nul besoin d’enfoncer des portes, qui leur sont ouvertes sur la seule certitude à venir.

Les solistes s’apparient pour de nombreux pas de deux, et quelquefois de plus. La conception du couple semble dater quelque peu, étant, dison, machiste : la fonction de porteur incombe nécessairement aux hommes; celle de capricieuse poupée à leurs camarades femmes. Suffit-il à la ballerine de perdre ses pantoufles et d’exhiber sa culotte pour qu’elle devienne princesse contemporaine? Tant que le vocabulaire restera classique, rien n’y pourra. Soyons déjà heureux que dans la famille danse-théâtre chère à Jooss et à Thoss, l’art de Terpsichore soit privilégié. On est néanmoins sevré de fluidité, de silence, voire de temps... morts. Tout s’enchaîne, y compris les saccades, les hachures, les brisures. Le spectacle doit continuer, sans intermittents. L’absence d’air et de fluidité se fait par endroits sentir.

Fort heureusement, l’abstraction d’ensemble, quand on ne prête pas plus d’importance que ça aux valises symbolisant le funeste voyage, aux portes d’entrée sans issue de secours, aux tables vertes endeuillées, à la nuit prégnante, permet à l’imaginaire d’œuvrer.

Nicolas Villodre villodre@noos.fr

Photos © Damian Siqueiros - D.R.

www.facebook.com/damiansiqueirosphoto/ - vimeo.com/damiansiqueiros



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