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Digidanse par Nicolas Villodre

La Maison du Japon ou, si l’on préfère, la MCJP, a présenté, aux giboulées de mars 17, deux pièces pour le prix d’une, LOSS (et) LAYERS (en version solo) du groupe de recherche créé par Fabrice Planquette il y a une dizaine d’années, A.lter S.essio, avec la remarquable prestation de la danseuse nippone Yum Keiko Takayama. Qu’en dire ?

Difficile de traduire le titre, probablement rédigé en vieux picard ou en ancien normand. Pour qui a vu ou entendu parler de choses comparables, question frénésie (Fura del baus, Archaos, Bartabas), dispositif multimédia (Man Ray, Germaine Dulac, Émile Vuillermoz, Maurice Lemaître, Josef Svoboda, Stan VanDerBeek, Robert Whitman, Merce Cunningham, Alwin Nikolais, Alain Bernardin, Shūji Terayama, Lucinda Childs, Philippe Decouflé, Mourad Merzouki, etc.), usage du numérique et décharge de décibels (Dumb Type), pas de quoi fouetter un chat. Dans un état d’esprit certes différent, plus tendre et romantique, Dimitri Kirsanoff filmait déjà Clotilde Sakharof évoluant sur un sol couvert d’images mouvantes de paysages dans une « cinéphonie » intitulée Jeune fille au jardin (1936).

La première partie ou variation passe de l’inerte à l’alerte, de l’isolement sensoriel conditionnant l’entrée du public sous une nappe à base de notes de guitare basse (signée Pierre Fruchard) aux stridences et à la focalisation sur le corps paré de blanc reflétant d’anecodtiques esquisses aux contours flottants. Malgré un vacarme innécessaire qui devait s’entendre jusqu’au Champ de Mars et a sans doute fait l’objet, à l’heure qu’il est, d’une plainte du voisinage, la chose est, sinon agréable à voir (et à ouïr), du moins supportable. La robe rouge de gala confectionnée par la danseuse et Yoko Higashino reprend la flaque de sang déversée symboliquement sur la minirobe de bure virginale, elle-même annoncée par la vie en (lumière tamisée) rose du prélude.

Cette seconde section nous a paru plus réussie, plastiquement ou visuellement parlant. Les trames abstraites et les motifs vidéoprojetés au cours de ce light show sont, somme toute, plus rigoureux, plus tranchants, plus efficaces. Sans doute nous étions-nous habitué au tintamarre électro-acoustique et avons pu, une fois estompées les nuées de talc bombardées sur scène pour, s’il le fallait encore, titiller la rétine, nous intéresser au reste, à savoir la danse. Celle-ci est à la fois sous le patronage de Saint Guy et sous influence butô. Avec encore pas mal de théâtralité selon nous dispensable – cf. les sourires entendus, quoique ambigus, de l’interprète principale.

Malgré son look de nonne tondue de frais, la danseuse se livre entièrement, sans retenue ou presque, dans un solo d’une rare intensité. Celui-ci alterne l’absolue catatonie, l’infantile reptation, l’agitation maniaque, la fièvre, la transe, la convulsion, la petite gestuelle machinale, l’indifférence robotique et la sensualité troublante. C’est dire si la gamme de Yum est étendue. Le corps et la chorégraphe l’emportent dès lors sur le décor virtuel.

Nicolas Villodre villodre@noos.fr

Photos © D.R.



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