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Tricycle par Nicolas Villodre

Troisième volet du triptyque constitué avec D’après une histoire vraie et Ad noctum, Le Syndrome Ian, créé lors de la dernière Biennale de la danse de Lyon, programmé à Chaillot par le Théâtre de la Ville hors ses murs, traite des danses de société et, plus particulièrement, de celles du clubbing de la fin des années 70 chères au chorégraphe Christian Rizzo pour qui elles sont à la fois une pratique et une forme d’écriture.

Malheureusement, cette forme n’est pas nouvelle, après que tous ses collègues de bureau ou presque l’ont abordée sous d’autres angles ou avatars (on pense notamment à François Chaignaud, Cecilia Bengolea et Trajal Harrell). Le sujet est donc, aujourd’hui, relativement rebattu, ce qui n’est pas bien grave après tout, puisque ce qui importe pour nous est le résultat final, quel que soit le prétexte, l’intention ou le propos invoqués. Ce qui est gênant ici, c’est qu’on a l’impression que la structure, comme les petites roues de la fortune illuminées façon foire du Trône, ne tourne pas rond, fait du surplace, n’évolue en aucun sens ou dimension, ne creuse quelque aspect du thème, ne stylise suffisamment la gestuelle somme toute basique, pour ne pas dire banale, de ladite pratique, en dépit d’une certaine accélération du tempo, en milieu de soirée.

Ceci étant dit, les neuf interprètes sont extrêmement élégants, sobrement et unisexement vêtus de noir et de blanc, sans parler de l’abominable homme des neiges se tenant en dehors du cercle éclairé par Caty Olive qui est, quant à lui, ce qu’il faut d’intriguant. Ils méritent d’être mentionnés, Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Julie Guibert, Hanna Hedman, Filipe Lourenco, Maya Masse, Antoine Roux-Briffaud, Vania Vaneau et Arnaud Duprat. Le walrus poilu, qui au finale se démultipliera, met en abyme le spectacle, puisque représentation il y a – la danse de salon étant donnée à voir plutôt qu’à partager – en représentant le spectateur comme un simple voyeur – exclu des festivités, à la lisière des sunlights, pataud, se tenant coi. Le spectateur ou le mal, l’intrus, l’autre.

La bande-son électro composée par Pénélope (sic!) Michel et Nicolas Devos est tout à fait réussie. Elle contribue à faire passer un agréable moment, bien sûr en complément des éléments la scénographiques, nets et précis, de Rizzo : tapis de sol en forme ovoïde, roues à roulettes de lumière blanche, plus proches de celle de la place de la Concorde du père Campion que du petit vélo dans la tête de Duchamp, cercle de lumière dont les 16 rayons se distribuent autour de moyeux faisant aussi, assez curieusement, fonction de sphincters diffusant assez de fumigène pour servir d’écrans aux modulations de Madame Olive, pas suffisamment pour nous étouffer ou aveugler. Ces astérisques de lasers ou de leds, à l’envi segmentables, doués d’intermittence, programmables, sont le plus simplement du monde déplacés à vue par les danseurs eux-mêmes acceptant de jouer le rôle de machinots.

Loin du punk ayant secoué la jeunesse londonienne avant le retour à l’ordre des années 80, on est plus près ici de l’ambiance onirique, dub ou ska, telle qu’elle se dégage du film de David Hinton, Jacob’s Dream (1990) interprété, précisément, par des hommes vêtus de pelisses unisexes en laine, de taille XXL, et chorégraphié par Jacob Marley. Par son titre, l’opus de Rizzo se réfère à Ian Curtis, un chanteur britannique à la vie agitée et éphémère, souffrant d’épilepsie, haut mal dont Saint Guy est le protecteur. La danse proposée est, au contraire, d’une folie douce, pour ne pas dire raisonnée, tradi, voire romantique avec ses rondes, ses variations, ses pas de deux et de plus, ses chutes terminales. L’élue sortant du lot de la planète des singes, avant le fondu au noir définitif, échappée belle de la mascarade, est la seule à lâcher prise.

Nicolas Villodre villodre@noos.fr

Photo 1 © Marc Coudrais D.R. - Photo 2 & 3 © Nicolas Villodre D.R.

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